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    June 17

    Le chat et le miroir

    Philosophes hardis, qui passez votre vie
    A vouloir expliquer ce qu'on n'explique pas,
    Daignez écouter, je vous prie,
    Ce trait du plus sage des chats.
    Sur une table de toilette
    Ce chat aperçu un miroir ;
    Il y saute, regarde, et d'abord pense voir
    Un de ses frères qui le guette.
    Notre chat veut le joindre, il se trouve arrêté.
    Surpris, il juge alors la glace transparente,
    Et passe de l'autre côté,
    Ne trouve rien, revient, et le chat se présente.
    Il réfléchit un peu : de peur que l'animal,
    Tandis qu'il fait le tour, ne sorte,
    Sur le haut du miroir il se met à cheval,
    Deux pattes par ici, deux par là ; de la sorte
    Partout il pourra le saisir.
    Alors, croyant bien le tenir,
    Doucement vers la glace il incline la tête,
    Apperçoit une oreille, et puis deux... à l'instant,
    A droite, à gauche il va jetant
    Sa griffe qu'il tient toute prête :
    Mais il perd l'équilibre, il tombe et n'a rien pris.
    Alors, sans davantage attendre,
    Sans chercher plus longtemps ce qu'il ne peut comprendre,
    Il laisse le miroir et retourne aux souris :
    Que m'importe, dit-il, de percer ce mystère ?
    Une chose que notre esprit,
    Après un long travail, n'entend ni ne saisit,
    Ne nous est jamais nécessaire.

    May 18

    le lievre et le hérisson

    Un beau jour, un petit lapin voulut être roi. Par un beau matin d'été qui sentait bon l'herbe humide, il sortit de son terrier et courut à la clairière des petits lapins, tout excité. Il criait :
    - Petits lapins, petits lapins, c'est décidé, je vais être roi !
    - Ah! ah! ah! s'esclaffèrent tous les petits lapins. Mais tu n'as pas de couronne, tu ne peux pas être un roi.
    Loin d'être découragé, le petit lapin se mit en route et partit à la recherche d'une couronne de roi.

    Chemin faisant, il rencontra l'écureuil qui perché sur la plus grosse branche d'un chêne l'interpella :
    - Où cours-tu comme ça, petit Lapin ?
    - Je suis à la recherche d'une couronne de roi. Sais-tu où je peux en trouver une, demanda le petit lapin ?
    L'écureuil réfléchit un instant puis, comme s'il venait d'avoir une révélation dit :
    - Cherche ici et cherche là. Puis, il se retourna et rentra dans son trou.
    Le petit lapin ramassa quelques brindilles. Il les assembla et les mit sur sa tête. Sans attendre, il retourna vers la clairière des petits lapins tout excité. Il criait :
    - Petits lapins, petits lapins, regardez, je suis le roi !
    - Ah! ah! ah! s'esclaffèrent tous les petits lapins. Mais pour être roi, il faut une couronne et un sceptre de roi. Mais tu n'as pas de sceptre, tu ne peux pas être un roi.
    Loin d'être découragé, le petit lapin se remit en route et partit à la recherche d'un sceptre de roi.

    Chemin faisant, il rencontra le chien qui cherchait des os. L'entendant arriver, il releva la truffe et l'interpella :
    - Où cours-tu comme ça, petit Lapin ?
    - Je suis à la recherche d'un sceptre de roi. Sais-tu où je peux en trouver un, demanda le petit lapin ?
    Le chien réfléchit un instant puis, comme s'il venait d'avoir une révélation dit :
    - Cherche ici et cherche là. Puis, il se retourna et reprit sa recherche dans son trou.
    Mais il déterra un bel os et le tendit au lapin.
    - Voilà, petit lapin, c'est pour toi, dit-il.
    - Merci bien, mille mercis, répondit le petit lapin et sans attendre, il retourna vers la clairière des petits lapins tout excité. Il criait :
    - Petits lapins, petits lapins, regardez, je suis le roi !
    - Ah! ah! ah! s'esclaffèrent tous les petits lapins. Mais pour être roi, il faut une couronne, un sceptre de roi et des gardes du palais. Mais tu n'as pas de gardes du palais.
    Loin d'être découragé, le petit lapin se remit en route et partit à la recherche des gardes du palais.

    Chemin faisant, il rencontra le cheval, la poule, le chien et l'écureuil. Tous le regardaient arriver et l'interpellèrent :
    - Où cours-tu comme ça, petit Lapin ?
    - Je suis à la recherche des gardes du palais. Savez-vous où je peux les trouver, demanda le petit lapin ?
    L'écureuil, le chien, la poule, le cheval, répondirent tous en chœur :
    - Petit lapin, nous serons les gardes de ton palais.
    - Merci bien, mille mercis, répondit le petit lapin et sans attendre, il retourna vers la clairière des petits lapins tout excité. Il criait très très fort :
    - Petits lapins, petits lapins, regardez, je suis le roi !
    A sa suite, venaient l'écureuil, le chien, la poule, le cheval. Il avait l'os dans la patte comme sceptre et sur la tête les brindilles en guise de couronne.
    - Ah! ah! ah! s'esclaffèrent tous les petits lapins. Mais pour être roi, il faut…
    - Arrêtez maintenant ! cria le petit lapin très fâché. J'ai trouvé une couronne de roi, un sceptre de roi et les gardes du palais. Et vous ne voulez pas que je sois le roi ? Gardes ! emparez-vous des petits lapins !

    Alors les gardes s'emparèrent des petits lapins et les enfermèrent dans leurs terriers. Ils montèrent la garde !
    Le roi petit lapin resta tout seul dans la clairière des petits lapins. C'était bien beau d'être devenu le roi mais il s'ennuyait. Que pouvait-il faire à présent ? Il chercha, chercha et finalement, il trouva une balle dans les fourrés.

    Vite, il courut vers les terriers des petits lapins tout excité. Il criait :
    - Petits lapins, petits lapins, c'est décidé, je vais être arbitre de football ! Gardes du palais, libérez les petits lapins.
    - Ah! ah! ah! s'esclaffèrent tous les petits lapins. Mais pour être arbitre de football, il faut une équipe et beaucoup de joueurs.
    - Eh bien justement, dit le petit lapin. Vous êtes beaucoup de petits lapins…
    - Et nous, nous serons les spectateurs, dirent l'écureuil, le chien, la poule et le cheval.
    Alors tout le monde cria :
    - Vive l'arbitre ! Vive les petits lapins footballeurs !
    Et le petit lapin installa la balle au milieu de la clairière.

    March 04

    Bateau…limace

    - Vérifiez si tout le monde a embarqué, dit Noé à ses fils. Surtout
    ..n'oubliez aucun des animaux, il y va de la survie de toute l'espèce.
    ..Le déluge c'est pour ce soir, dépêchez-vous !
    Toute la famille se mit à vérifier, compter, recompter, et revérifier...
    - Ça y est, tout le monde est là, nous sommes prêts, annonça la
    ..femme de Noé.

    -
    Mon dieu ! cria l'escargot affolé, ma cousine la limace n'est pas
    ..à bord !
    - Tu ne pouvais pas le dire plus tôt ?
    - J'aurais bien voulu, mais vous couriez dans tous les sens, j'ai eu
    ..du mal à vous mettre la main dessus !
    - Bon, répliqua Noé, il faut la chercher.

    Ils la cherchèrent toute la journée sans trouver aucune trace d'elle.

     

    - Elle doit bien être quelque part, dit le Mélamo, animal rapide à la
    vue perçante. Il décida de quitter l'arche pour aller chercher la limace.

    Tout le monde attendait le Mélamo, la limace et le déluge, mais
    ce fut le déluge qui arriva le premier.

    A son tour l'Arcadia, le plus beau des animaux aquatiques, pelage
    de neige et yeux noisette, herbivore inoffensif, déclara solennelle-
    ment :
    - Je vais les ramener tous les deux.
    Et il plongea au milieu du déluge.

    Tout le monde attendait. La nuit et la journée furent longues et
    lourdes. On ne vit aucun des trois animaux revenir, ils avaient été
    emportés par la force des flots. Si bien qu'au soir tous les passa-
    gers de l'arche étaient plongés dans une tristesse profonde.

     

    Soudain, une petite voix déchira ce silence :
    - Qu'avez-vous tous ?

    C'était la Limace qui sortait d'un coin, entre deux troncs d'arbre.
    Elle baillait.

    Frappé de stupeur, Noé lui demanda :
    - Mais où étais-tu ? Espèce de limace !
    - J'ai toujours été ici, j'avais embarqué il y a trois jours de peur
    ..de ne pas arriver à temps. Et comme c'est la saison, je me suis
    ..endormie. C'est tout.
    - C'est tout, répéta Noé, c'est tout !...
    Puis il ouvrit sa gourde de vin et il se mit à boire.

    C'est depuis le Déluge, et à cause de la limace, qu'on ne voit
    plus sur Terre ni le Mélamo ni l'Arcadia.

     

    un conte de Mohamed Jarouih

    February 05

    La petite fleur

    Il était une fois une petite fleur de montagne qui n'avait pas d'amies.

    Elle était si petite, si modeste et si pâle qu'elle n'attirait ni le regard ni la sympathie des autres végétaux. Elle vivait, tête baissée, comme une pénitente dans un confessionnal.

    Il faut dire que, chez les plantes comme chez les humains, on ne s'intéresse bien aux autres que s'ils peuvent être utiles ou s'ils ont quelques chose à offrir : le lierre aime les arbres qui l'aident à s'élever, le gui aime la branche qui le nourrit et le rapproche des oiseaux semeurs de graines, les fleurs aiment le vent qui disperse leur pollen et les insectes qui les fécondent.

    Mais notre petite fleur en peine d'amitié n'avait hélas rien à offrir.
    Elle enviait le parfum suave du lilas ou du muguet, l'élégance de la tulipe et de la rose, la vive couleur des jonquilles, la paresse ensommeillée des colchiques, l'aristocratie des orchidées.
    Les soucis l'accablaient, les pensées ne pensaient pas à elle et, contrairement à ceux de la reine-marguerite, ses six pauvres pétales ne plaisaient même pas aux amoureux à qui elle annonçait toujours le désamour.

    Les herbes des prés, qui poussaient plus vite qu'elle, la masquaient trop rapidement aux yeux fureteurs des abeilles pollinisatrices que son pauvre parfum et sa couleur trop pâle n'attiraient pas et, sans leur aide, avait bien du mal à donner naissance aux bébés-graines de sa survie.

    Aussi, année après année, pour tenter de devancer la pousse exubérante des herbes folles, elle avait pris l'habitude de se réveiller de plus en plus tôt, et même un jour, elle décida, au grand dam de la nature tout entière qui pensait que cela ne se faisait pas, elle décida donc de pousser sous la neige !

    Alors, quand le premier soleil de février commença à dissiper les nuages et à fondre le blanc manteau des basses pentes de la montagne, elle offrit aux yeux incrédules des abeilles affamées le charme et le pollen de la première fleur de l'année.

    Les humains de la vallée, étonnés de découvrir une fleur en carême et de ravis de croire au printemps en plein cœur de l'hiver s'intéressèrent enfin à elle et, faute d'imagination probablement, l'appelèrent... perce-neige !

    Daniel Déjardin

    January 04

    les trois voeux

    Les 3 vœux 

    Un jour, un homme rencontre une fée sur le bord du chemin.
    Sans qu'il lui demanda rien, cette dernière lui propose d’exhausser trois de ses souhaits.

    L’homme réfléchit et dit :
    « En guise de premier vœu,  j'aimerais avoir toute l’intelligence et la sagesse nécessaires pour choisir avec discernement mes deux prochains vœux.
    - Très bien, dit la fée en agitant sa baguette magique, tu es exhaussé ! Maintenant que souhaites-tu ?
    - Plus rien, dit l’homme.
    Et il passe son chemin...

    Hanavaho
    December 22

    le renne de Noël

    Le joli renne

     

    Il était une fois dans le Pôle Sud, un joli renne avec de grands bois. Il s’appelait Patchi. Il cherchait une belle renne pour se marier. Tout à coup, il vit un bonhomme avec une grande barbe. C’était le Père Noël !!

    Le Père Noël lui parla et lui demanda s’il voulait devenir son renne pour parcourir le monde et donner tous ses beaux cadeaux. Le renne accepta mais il voulut quelque chose en échange.

    Il demanda si le Père Noël pouvait l’aider à trouver une belle renne pour qu’il se marie. Il voulait une amoureuse et des petits. Le Père Noël fut d’accord et il l’emmena dans son atelier. Là, il lui fit choisir la renne qu’il préférait.

    Patchi en choisit une qui s’appelait Nala. La jolie renne l’aimait aussi. Tous les deux se marièrent et firent deux beaux bébés.

    Depuis, le Père Noël est très content et il fait sa tournée avec le renne Patchi, sa femme Nala et leurs deux petits. Et les enfants sont contents de recevoir de jolis cadeaux.

    Camille, Candice et Lola

    November 25

    L'Histoire du Moustique

    L'Histoire du Moustique

    Il était une fois dans une région lointaine du Viêt-Nam un jeune paysan, brave et généreux de nom Ngo.c Tâm. Il avait une femme de nom "Nhan Diê.p". Celle-ci était grâcieuse et charmante. Contrairement à son mari qui était économe et laborieux, elle était paresseuse et aimait bien le luxe. Malgré cela, Ngoc Tâm aimait sa femme et lui pardonnait tout. Malheureusement, cette union ne fut que de courte durée car sa femme mourut brutalement un beau matin. Sombrant dans la détresse, Ngo.c Tâm ne voulut pas se séparer du corps de sa femme et s'opposa à son ensevelissement. Après avoir vendu ses biens, il s'embarqua dans un sampan avec le cercueil et erra au gré du courant n'ayant en tête aucune destination précise.

                                Un jour, son sampan l'amena au pied d'une colline verdoyante et parfumée. Descendu sur terre, il découvrit un paysage empreint de beauté avec des fleurs rares, des arbres chargés des fruits variés. Au moment où il continua son exploration, il rencontra soudain un vieillard aux longs cheveux blancs tout comme sa barbiche. Il se dégageait du vieil homme une grande sérénité et une miséricorde étonnante, ce qui lui permit de comprendre qu'il avait devant lui un génie des Lieux. Il se jeta à ses pieds, puis il l'implora de rendre la vie à sa femme.

    Pris de pitié pour lui, le génie lui dit: " Je vais exaucer tes voeux car ton amour et ta douleur sont sincères. Mais puissiez-vous ne pas trop le regretter plus tard !". Puis il demanda au paysan d'ouvrir le cerceuil, de se couper le bout du doigt et de laisser tomber trois gouttes de sang sur le corps de sa femme Nhan Diê.p. Aussitôt, celle-ci ouvrit les yeux comme si elle sortait d'une longue léthargie. Ses forces revinrent très vite. Avant la séparation, le Génie s'adressa à sa femme: " N'oubliez pas vos devoirs d'épouse. Pensez à l'amour que votre époux vous porte et à son dévouement. Soyez heureux tous deux.".

    Pressé de regagner son foyer, le paysan Ngo.c Tâm tenta de ramer jour et nuit. Un soir, il dut accoster pour aller acheter des provisions. Pendant son absence, une grande barque d'un riche marchand vint s'ammarer à côté de la sienne. Frappé par la beauté de Nhan Diê.p, le marchand entra en conversation avec elle, finit par la séduire et par l'emmener avec lui vers une nouvelle destination. A son retour, Ngo.c Tâm, furieux décida de se lancer à la poursuite du riche marchand. Il parvint à retrouver ce dernier après de longs mois de recherche. Il retrouva sa femme et proposa à cette dernière de le rejoindre. Habituée à la vie facile, celle-ci refusa cette proposition. Du coup le paysan fut guéri de son amour et dit à sa femme: << Tu es libre de me quitter. Mais tu dois me rendre les trois gouttes de sang que j'ai versées sur ton corps pour te ranimer >>.

    Heureuse de se débarasser à si bon compte de son stupide mari, Nhan Diêp s'empressa de se piquer le doigt. Mais au moment où le sang commença à couler, elle s'écroula morte.

    Cette femme frivole et légère ne pouvait pas se résigner à quitter définitivement ce monde. Elle y revint en se transformant en un minuscule insecte poursuivant sans relâche Ngo.c Tâm pour lui voler les trois gouttes de sang qui la rameneraient à la vie humaine. Cette bestiole est connue plus tard sous le nom de moustique.

    Dang Anh Tuân  contes et légendes du Vietnaùm

    November 04

    Le dromadaire mécontent

    Un jour, il y avait un jeune dromadaire qui n'était pas content du tout.
    La veille, il avait dit a ses amis: "Demain, je sors avec mon père et ma mère, nous allons entendre une conférence, voilà comme je suis moi!"

    Et les autres avaient dit: "Oh, oh, il va entendre une conférence, c’est merveilleux", et lui n'avait pas dormi de la nuit tellement il était impatient, et voilà qu'il n'était pas content parce que la conférence n'était pas du tout ce qu'il avait imaginé : il n'y avait pas de musique et il était déçu, il s'ennuyait beaucoup, il avait envie de pleurer.

    Depuis une heure trois quarts un gros monsieur parlait. Devant le gros monsieur il y avait un pot à eau et un verre à dents sans la brosse et, de temps en temps, le. monsieur versait de l'eau dans le verre, mais il ne se lavait jamais les dents et visiblement irrité il parlait d'autre chose, c ‘est-à-dire des dromadaires et des chameaux.

    Le jeune dromadaire souffrait de la chaleur, et puis sa bosse le gênait beaucoup; elle frottait contre le dossier du fauteuil, il était très mal assis il remuait.

    Alors sa mère lui disait: "Tiens-toi tranquille, laisse parler le monsieur", et elle lui pinçait la bosse; le jeune dromadaire avait de plus en plus envie de pleurer, de s'en aller...

    Toutes les cinq minutes, le conférencier répétait: "Il ne faut surtout pas confondre les dromadaires avec les chameaux, j'attire, mesdames, messieurs et chers dromadaires votre attention sur ce fait: le chameau a deux bosses mais le dromadaire n'en a qu'une!" Tous les gens, de la salle disaient: "Oh, oh, très intéressant", et les chameaux, les dromadaires, les hommes les femmes et les enfants prenaient des notes sur leur petit calepin.

    Et puis le conférencier recommençait: "Ce qui différencie les deux animaux c'est que le dromadaire n a qu'une bosse, tandis que, chose étrange et utile à savoir, le chameau en a deux ... "

    A la fin le jeune dromadaire en eut assez et, se précipitant sur l'estrade, il mordit le conférencier :

    "Chameau! " dit le conférencier furieux.

    Et tout le monde dans la salle criait: "Chameau, sale chameau, sale chameau!"

    Pourtant c’était un dromadaire, et il était très propre.
     
    JACQUES PREVERT
    October 01

    Le Papillon.

    Le Papillon.


    Un homme a trouvé un jour un cocon de chenille et a décidé de l'apporter chez lui. Quelques jours plus tard, une petite ouverture est apparue. L'homme s'est assis et a observé pendant plusieurs heures le papillon se débattre de toutes ses forces afin de sortir de son cocon.
    Au bout d'un certain temps, le papillon ne bougeait presque plus. Comme s'il avait donné son maximum et qu'il n'avait plus rien à faire. L'homme a décidé alors d'aider le papillon. Il a pris une paire de ciseaux et a coupé le reste du cocon.
    Le papillon est sorti alors facilement de son cocon, le corps du papillon était enflé et petit, et ses ailes étaient toutes ratatinées. L'homme continuait alors d'observer le papillon et s'attendait à ce qu'il ouvre tout grand ses ailes et commence à voler, rien de cela ne se passait. En fait, le papillon a passé le reste de sa vie à ramper avec son corps enflé et ses ailes déformées. Il n'a jamais été capable de voler.
    Ce que l'homme avec sa gentillesse et son empressement n'avait pas compris, c'est que la lutte que le papillon devait effectuer pour sortir de son cocon était essentielle à son développement. En luttant ainsi de toutes ses forces, les fluides de son corps se seraient répartis dans ses ailes et, compte tenu du temps qu'il lui fallait pour crever son cocon par lui-même et déployer ses ailes, le papillon aurait été alors en mesure de voler et de se libérer une fois pour toutes de son cocon.
    Par analogie avec notre existence, les obstacles que la vie met sur notre chemin son exactement ce dont nous avons besoin pour grandir. La lutte qu'on éprouve sur le chemin de la réussite personnelle fait partie intégrante du prix qu'on doit payer pour réaliser notre plein potentiel. Si nous devions passer au travers de la vie sans obstacles, nous serions certainement tout rabougris, comme le papillon de notre histoire. Nous ne serions pas aussi forts que nous pourrions l'être et nous ne pourrions jamais voler, nous non plus, vers l'accomplissement de nos rêves.
    Patrick Leroux

    September 02

    LE LUTIN ET L'ETUDIANT

    Un lutin astucieux arriva un beau jour dans une ville et décida de s'installer chez un épicier. Ainsi il était sûr d'avoir tous les soirs un bon dîner. Tous les soirs, l'épicier lui préparait une assiettée de bouillie bien crémeuse, additionnée d'une cuillérée de confiture.
    Dans la même maison, au-dessus de la boutique, demeurait un étudiant si pauvre qu'il ne possédait que les deux ou trois livres dans lesquels il étudiait. Le lutin aurait souhaité être aussi instruit, mais la seule pensée d'habiter un grenier lui donnait des frissons.
    Un matin, l'étudiant vint acheter un maigre bout de fromage, un morceau de pain et un peu de beurre. Alors que l'épicier lui enveloppait le tout dans une page d'un vieux livre tout déchiré, l'étudiant vit qu'il s'agissait d'un recueil rare et ancien de poèmes.
    - Reprenez le beurre ! s'écria l'étudiant. Donnez-moi le livre. J'aime mieux lire que manger.
    - Comme vous voudrez, dit l'épicier abasourdi.
    Le lutin, caché derrière une caisse, était perplexe.

    Pourquoi la poésie serait-elle plus importante que la nourriture ? "
    Le soir venu, il grimpa jusqu'au grenier, et vit, à travers le trou de la serrure, l'étudiant en train de lire les poèmes à haute voix.
    - Des mots ! Rien que des mots ! marmonna-t-il.
    Mais il se produisit une chose étrange, merveilleuse. Le jeune homme était baigné d'une lumière douce, chaude comme un rayon de soleil, qui semblait provenir du livre, de même qu'un arbre extra-ordinaire commençait à sortir des pages. L'arbre se mit à grandir,
    jusqu'à ce que ses branches chargées de feuilles vertes entourent complètement l'étudiant. A son pied jaillirent des fleurs, et les accents d'une musique exquise se firent entendre.
    Après plusieurs nuits, le lutin revint coller son oeil à la serrure, et ce qu'il vit lui parut si beau qu'il resta dans les courants d'air jusqu'à ce que ses yeux se ferment malgré lui.

    Une nuit, quelqu'un frappa dans les volets et cria : Au feu ! Au feu !
    L'épicier se sauva dans la rue en pressant son argent contre sa poitrine, mais le lutin ne pensa qu'une chose " Le livre de poèmes ! " Il monta quatre à quatre les escaliers, se précipita dans le grenier, et sans un regard pour l'étudiant encore endormi, saisit le livre qui
    était posé sur la table, sauta par la fenêtre, retomba sur le toit et se blottit entre deux cheminées, tenant contre son coeur son trésor, enveloppé dans son bonnet rouge.
    Le feu n'avait pas fait beaucoup de dégâts. Après la panique, le lutin remit le précieux livre sur la table du grenier.
    - Ainsi va la vie ! se dit le lutin. Je prendrai l'étudiant pour maître, et
    .je me résignerai à habiter le grenier. Mais je n'abandonnerai pas mon épicier. J'irai le voir tous les soirs, à l'heure du dîner.
    Car, pour être un lutin, on n'en apprécie pas moins les nourritures terrestres.
     
    Hans Christian Andersen

     
    June 17

    Les neuf vies du Chat

    Un vieux matou, mathématicien émérite mais fort distrait et incroyablement paresseux, somnolait à l’entrée d’un temple. De temps à autre, il entrouvrait un œil pour compter les mouches du voisinage et replongeait presque aussitôt dans sa douce léthargie.

    Shiva vient à passer par là. Emerveillée par la grâce naturelle, toute féline, que l’animal avait conservée, malgré un embonpoint considérable dû à son oisiveté, le Seigneur des Mondes lui demanda :

    -qui es tu et que sais tu faire ?

    L’autre, sans même entrebaîller ses paupières, marmonna :

    - je suis un vieux chat très savant, et je sais parfaitement compter.

    - magnifique ! et jusqu’où peux tu compter ?

    - mais voyons, je peux compter jusqu’à l’infini !

    - dans ce cas, fais-moi plaisir. Compte pour moi, l’ami, compte…

    Le chat s’étira, baîlla profondément, puis, avec une petite moue de dédain amusée, se mit à réciter :

    - un… deux… trois… quatre…

    Chaque chiffre était prononcé d’une voix plus murmurante et vague. A sept, le chat était à moitié endormi. A neuf, il ronflait carrément, âbimé dans un sommeil béat.

    - puisque tu sais seulement compter jusqu’à neuf, décréta le grand Shiva, souverain des Sphères, je t’accorde neufs vies.

    C’est ainsi que les chats disposèrent de neuf existences.

    Mais Shiva, qui tait aussi un subtil philosophe, médita longuement. Le matou lui avait assuré qu’il pouvait compter jusqu’à l’infini. Certes, il s’était arrêté au chiffre neuf, puis s’était endormi. Or, le sommeil, sans nom, sans forme, sans pensée, n’est-il pas une fidèle préfiguration de l’infini ?

    Alors Shiva compléta son décret : au bout de ses neuf vies le chat accéderait directement à la félicité suprême.

    extrait de la sagesse des chats, Julia Deuley

    May 07

    la petite poule rousse

    Il était une fois une petite poule rousse.
    Elle vivait en compagnie d'un cochon, d'un canard et d'un chat dans
    une petite maison dont elle faisait toujours soigeusement le ménage.
    Les autres ne travaillaient jamais. Ils étaient toujours sur le point de
    faire quelque chose, mais... ils étaient bien trop paresseux !
    L
    e cochon aimait se rouler dans la boue, le canard aimait nager dans
    la mare et le chat aimait dormir au soleil, en ronronnant.
    U
    n jour, la petite poule rousse trouva un grain de blé.
    - Qui va planter ce grain de blé ? demanda-t-elle.
    - Pas moi ! grommela le cochon, caqueta le canard, ronronna le chat.
    A
    lors la petite poule rousse choisit un joli coin de terre, le gratta avec
    ses pattes et planta le grain de blé. Pendant l'été, le grain de blé poussa.
    Ce fut d'abord un grand épi vert, puis il mûrit au soleil et devint d'une belle
    couleur dorée.
    - Qui va m'aider à couper le blé ? demanda la petite poule rousse.
    - Pas moi ! grommela le cochon, caqueta le canard, ronronna le chat.
    - Très bien, alors je le couperai moi-même ! s'écria la petite poule rousse.
     

                           Elle coupa délicatement l'épi dont elle retira les grains un à un.
    - Qui va emmener le blé au moulin pour le faire moudre ? demanda-t-elle.
    - Pas moi ! grommela le cochon, caqueta le canard, ronronna le chat.
    Alors la petite poule rousse emporta elle-même le blé au moulin et
    commanda au meunier de la farine.
    L
    e meunier envoya un petit sac de farine dans la maison où la petite
    poule rousse vivait avec le cochon, le canard et le chat.
    - Qui va m'aider à faire du pain avec cette farine ? demanda la petite poule.
    - Pas moi ! grommela le cochon, caqueta le canard, ronronna le chat.
    - Très bien, concéda la petite poule rousse. Je vais faire le pain moi-même.
    E
    lle transforma la farine en pâte. Elle pétrit cette pâte et la mit au four.
    Une bonne odeur de pain chaud se répandit bientôt dans toute la maison et
    envahit le jardin.
    L
    e cochon quitta sa flaque de boue, le canard sortit de sa mare et le chat
    abandonna sa place au soleil. Ils vinrent tous dans la cuisine

    Quand la petite poule rousse ouvrit le four, la pâte avait gonflé et était
    devenue une miche de pain appétissante et croustillante.
    - Qui va manger ce pain ? demanda la petite poule rousse.
    - Moi ! grommela le cochon.
    - Moi ! caqueta le canard.
    - Moi ! ronronna le chat.

    - Oh, non ! Pas vous ! s'écria la petite poule rousse. J'ai planté le grain,
    j'ai coupé le blé, je l'ai porté au moulin pour avoir de la farine et j'ai cuit
    le pain. J'ai tout fait toute seule. Eh bien, maintenant, je vais manger
    la miche toute seule.
    Le cochon, le chat et le canard restèrent là à regarder la petite poule
    rousse qui mangea la miche de pain toute seule.
    C'était délicieux et elle en profita jusqu'à la dernière miette !

    April 22

    La petite tulipe rose

    II était une fois une petite tulipe qui vivait dans une sombre petite maison, tout en bas, sous la terre. Elle était là toute seule, et très tranquille dans l'obscurité et le silence. Un jour, elle entendit un petit tap, tap, tap, à la porte.
    - Qui est là ? demanda-t-elle.
    - C'est la pluie, qui voudrait entrer, dit voix triste et douce.
    - Non, on n'entre pas, dit la petite tulipe.
    Un ou deux jours après, elle entendit de nouveau le petit tap, tap, tap, à la porte.
    - Qui est là ? dit-elle.
    La même petite voix répondit :
    - C'est la pluie, qui voudrait entrer.
    - Non, non, on n'entre pas, dit la petite tulipe.
    Et elle n'entendit plus rien pendant très, très longtemps. Après quoi, vint un son étrange, comme un bruissement, un chuchotement, ch, ch, tout près de la fenêtre.
    - Qui est là? demanda la petite tulipe.
    - C'est le soleil, dit une petite voix claire et gaie, c’est le soleil, qui voudrait entrer !
    - N..., non, dit la petite tulipe; on n'entre pas !
    Et elle se tint très tranquille.
    Bientôt après, elle entendit encore le ch, ch, ch, à travers le trou de la serrure.
    - Qui donc est là? dit-elle.
    - C'est le soleil, dit la petite voix claire; ouvre-moi.
    - Non, non, dit le petite tulipe; on n'entre pas.
    Quelques jours plus tard, elle entendit : tap, tap. tap, à la fenêtre, et eh... ch... ch... par le trou de la serrure.
    - Qui est là ? cria-t-elle.
    - C'est la pluie et le soleil, la pluie et le soleil, crièrent ensemble les deux petites voix, et nous voulons entrer.
    - Bon, bon, dit la petite tulipe, si vous êtes là tous les deux ensemble, il faut bien que je vous ouvre!
    Elle ouvrit la porte, juste un tout petit peu, et ils se glissèrent tous les deux dans la maison. Et la pluie lui prit la main gauche, et le soleil lui prit la main droite, et ils l'entraînèrent avec eux, vite, vite, vite, jusqu'en haut, et là ils lui dirent :
    - Passe la tête à travers la terre!
    Elle passa la tête, et voilà, elle était au milieu d'un beau jardin. II n'y avait pas encore beaucoup d'autres fleurs, mais les oiseaux la saluèrent en chantant et les rayons du soleil réchauffèrent sa petite tête rose.
    Et un peu après, quand les enfants arrivèrent, ils battirent des mains en la voyant, et crièrent :

    - Tra, ri, ro ! le printemps est venu encore une fois !
    Et la petite tulipe se sentit tout à fait heureuse.

    FATA

    February 20

    les trois passoires

    Socrate avait, dans la Grèce antique, une haute opinion de la sagesse.
    Quelqu'un vient un jour trouver
    le grand philosophe et lui dit:
    "Sais-tu ce que je viens d'apprendre sur ton ami?
    - Un instant, répondit Socrate. Avant que tu me racontes, j'aimerais te faire passer un test, celui des trois passoires:
    - Les trois passoires?
    Mais oui, reprit Socrate. Avant de me raconter toutes
    sortes de choses de choses sur les autres,
    il est bon de prendre le temps de filtrer
    ce que l'on aimerait dire. C'est ce que
    j'appelle le test des trois passoires.
    La première passoire est celle de la vérité.
    As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai?
    - Non. J'en ai simplement entendu parler...
    - Très bien. Tu ne sais donc pas si c'est la vérité.
    Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième passoire,
    celle de la bonté. Ce que tu veux m'apprendre sur mon ami,
    est-ce quelque chose de bien?
    - Ah non! Au contraire.
    - Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n'es même pas certain si elles sont vraies. Tu peux peut-être encore passer le test, car il reste une passoire, celle de l'utilité. Est-il utile que tu m'apprennes ce que mon ami aurait fait?
    - Non. Pas vraiment.
    Alors, conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter n'est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire?"

    Socrate

    January 20

    le renard sans pattes

    un jour, un paysan vit passer sur son chemin un renard sans pattes qui, à part ça, avait bonne mine.
    "ça alors!, il faut que je sache comment il se débrouille pour trouver sa pitance, celui-là"
    il le suit, il se met à ll'affut, il le voit se poster sur l'aire des repas du lion,. Et quand le lion, repu, s'en va roter plus loin, le renard vient lécher les os et grignoter les restes.
    l'homme trouve à son goût l'idée de s'en remettre à ce genre de providence, décide de se placer à son tour au bon endroit et s'installe à mendier au coin d'une rue.
    Mais rien ne vient.
    Les jours passent; il s'affame, il maigrit, il s'affaiblit.
    Quand un jour il entend grogner à son oreille: " pourquoi prends-tu la place d'un renard estropié ? Pourquoi ne pas être le lion ? les autres pourraient au moins profiter de tes restes !"
    Marie FAUCHER
    November 18

    L'escargot et la fleur

    Tigris, comme tous les escargots, espérait toujours la pluie.
    Pas seulement pour le bien-être qu'elle lui procurait : il attendait la pluie car il était amoureux ! Amoureux... du
    rouge de l'arc-en-ciel !

    Cette couleur céleste, hélas inabordable, le ravissait, lui faisait voir la vie en rose, mettait du bleu dans son terne univers de petit-gris.

    Un beau matin de mai, après la rosée, juste avant de rentrer dans sa coquille, Tigris leva machinalement les yeux vers le ciel et ô miracle ! Bien qu'il n'ait pas plu, le rouge était là, tout près de lui, enfin à sa portée, réel, charnel, matériel, sous la forme d'une fleur de coquelicot qui penchait amoureusement la tête vers lui.
    Le gentil colimaçon sentit son petit cœur d'escargot accélérer lentement : son amour venait de prendre forme.

    Fleur-bleue, Tigris voulut immédiatement monter déclarer sa flamme au rouge adoré et commença d'arrache-pied l'ascension de la tige barbulée soutenant la fleur de son cœur.
    Il touchait presque au but quand, sous le poids de son soupirant, la tige du coquelicot s'inclina jusqu'au sol, obligeant notre petit escargot à lâcher pied.
    Le limaçon ne perdit pas courage pour autant : il recommença... et rechuta.
    Sept fois de suite il tenta de gravir son Everest, sept fois d'affilée, sur le point d'atteindre la félicité, il retomba lourdement sur le sol.
    Si bien qu'à la septième chute, épuisé, il se retira dans sa coquille et s'assoupit sur place, remettant au lendemain ce qu'il n'avait pu faire le jour même.

    Comment pouvait-il imaginer qu'il s'endormait dans le champ d'un coq ?

    C'est un "toc toc toc" sur le toit de sa maison qui l'éveilla.
    Tigris se hâta de sortir lentement la tête de sa coquille, leva timidement ses yeux protubérants en direction du bruit et là, nouveau miracle, il vit le rêve de sa vie, crête et barbillons écarlates, se pencher tendrement vers lui et l'engloutir d'amour.

    Daniel Déjardin

    October 22

    La parabole des papillons

    Un jour les papillons se réunirent, tourmentés par le désir de s'unir à la bougie.

     

    Un premier papillon alla jusqu'au château lointain et il aperçut à l'intérieur la lumière d'une bougie.

    Il revint, raconta ce qu'il avait vu.

    Mais le sage papillon qui présidait la réunion dit que cela ne les avaait guère.

     

    Un deuxième papillon alla plus près de la bougie.

    Il toucha de ses ailes la flamme et la bougie fut victorieuse.

    Il revint, les ailes brûlées, et raconta son voyage.

    Mais le sage papillon lui dit: Ton explication n'est pas plus exacte.

     

    Alors un troisième papillon se leva, ivre d'amour.

    Il s'élaa sur ses pattes de derrière et se jeta violemment sur la flamme.

    Ses membres devinrent rouges comme le feu.

    Il s'identifia à la flamme.

     

    Alors le sage papillon, qui avait regardé de loin, dit aux autres:

    Il a appris ce qu'il voulait savoir.

    Mais lui seul le comprend, et voila tout.

    Fariduddin Attar dans le Mantic Uttaïr

    October 06

    Les deux loups intérieurs

     
    Un homme âgé dit à son petit-fils, venu le voir très en colère contre un ami qui s'était montré injuste envers lui : " Laisse-moi te raconter une histoire...
    Il m'arrive aussi, parfois, de ressentir de la haine contre ceux qui se conduisent mal et n'en éprouvent aucun regret. Mais la haine t'épuise, et ne blesse pas ton ennemi.
    C'est comme avaler du poison et désirer que ton ennemi en meure. J'ai souvent combattu ces sentiments" 
    Il continua :
     
    " C'est comme si j'avais deux loups à l'intérieur de moi; le premier est bon et ne me fait aucun tort. Il vit en harmonie avec tout ce qui l'entoure et ne s'offense pas lorsqu'il n'y a pas lieu de s'offenser. Il combat uniquement lorsque c'est juste de le faire, et il le fait de manière juste.
    Mais l'autre loup, ahhhh...! Il est plein de colère. La plus petite chose le précipite dans des accès de rage. Il se bat contre n'importe qui, tout le temps, sans raison. Il n'est pas capable de penser parce que sa colère et sa haine sont immenses. Il est désespérément en colère, et pourtant sa colère ne change rien.

    Il est parfois si difficile de vivre avec ces deux loups à l'intérieur de moi, parce que tous deux veulent dominer mon esprit."
    Le garçon regarda attentivement son grand-père dans les yeux et demanda :
    " Lequel des deux loups l'emporte, grand-père ?"
    Le grand-père sourit et répondit doucement :
    "Celui que je nourris."
     
    August 30

    le paquet d'eau

    Dans un village, vivait un vieux appelé Mancodji. Il avait une fille nommée Inguéré,  la plus belle du village. Lorsqu’elle fut en âge de se marier, de nombreux jeunes et même des vieux riches se présentèrent comme candidats mais le vieux Mancodji N'entendait pas confier sa fille chérie à n'importe qui.

    Il demanda à chacun des prétendants de lui rapporter des paquets d’eau. Il donnerait sa fille à celui qui lui ramenera un beau paquet d'eau. La nouvelle se répandit dans le village voisin. Le vieux Mancodji réclamait des paquets d'eau !! Où avait-il déjà vu des paquets d'eau ? Décidement, ce vieillard ne voulait pas marier sa fille, il demandait l'impossible. " Eh bien qu'il la garde, sa fille !! " dirent de nombreux prétendants, dépités par les exigences de Mancodji. Ainsi, nombre de gens reculèrent devant les difficultés que faisait ce vieux Mancodji.

    Mais, un jour un prétendant, appelé Tamari,  demanda la fille en mariage. Tamari était intelligent et vif. Il approcha le vieil homme.

    - " Tu sais ce que je demande en échange de la main de ma fille...tu devras m'apporter avant le coucher du soleil un paquet d'eau. C'est tout." commença le vieux Mancodji.

    -" Père,..." repondit Tamari. " J'ai tant de respect pour toi que ton paquet d'eau ne peut être lié qu'avec une ficelle qui t'appartienne. Donne moi une ficelle faite avec de la fumée provenant de ta pipe et je la nouerai autour du paquet d'eau que j'ai dans ma poche ".

    Le vieux sourit, alluma sa pipe et fuma. Il avait compris. Il donna sa fille à Tamari-le-rusé et ils vécurent heureux. 

    Voyajes ã 1999 Serge M'BRA

    July 24

    Bonne ou mauvaise chose ?

    Un fermier reçoit en cadeau pour son fils un cheval blanc. Son voisin vient vers lui et lui dit : « Vous avez beaucoup de chance. Ce n'est pas à moi que quelqu'un offrirait un aussi beau cheval blanc ! » Le fermier répond : « Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose... »

    Plus tard, le fils du fermier monte le cheval et celui-ci rue et éjecte son cavalier. Le fils du fermier se brise la jambe.

    « Oh ! quelle horreur ! dit le voisin. Vous aviez raison de dire que cela pouvait être une mauvaise chose. Assurément celui qui vous a offert le cheval l'a fait exprès, pour vous nuire. Maintenant votre fils est estropié à vie ! »

    Le fermier ne semble pas gêné outre mesure. « Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose », lance-t-il.

    Là-dessus la guerre éclate et tous les jeunes sont mobilisés, sauf le fils du fermier avec sa jambe brisée. Le voisin revient alors et dit : « Votre fils sera le seul du village à ne pas partir à la guerre, assurément il a beaucoup de chance. » Le fermier alors répond : « Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose. »

    Edmond Wells,
    Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, tome IV.